Meet the Other with eyes of Mercy. Jean Vanier, Ph.D.

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Vanier01

Rencontrer l'autre avec des yeux de miséricorde

Jean Vanier, Ph.D.

Abstract

Jean Vanier témoigne de l'annonce de la bonne nouvelle à des personnes avec un handicap mental. Ces personnes sont parmi les plus opprimées et les plus rejetées de ce monde, le plus souvent elles sont enfermées dans des institutions. Certaines sont merveilleusement bien accueillies dans leurs familles mais hélas, beaucoup aujourd'hui sont avortées. Les communautés de L'Arche comme celles de Foi et Lumière sont transformées par la présence de ces personnes faibles qui vivent d'avantage au niveau du cœur. Elles nous évangélisent si nous cherchons à devenir leur ami.

Témoignage

C'est en 1963, lors d’une visite à mon père spirituel, aumônier d'un petit centre pour des personnes avec un handicap mental près de Paris, que j'ai découvert le drame des personnes avec un handicap mental. Sans aucun doute c'étaient les hommes et les femmes les plus rejetés de ce monde. Ils étaient méprisés et exclus de la vie sociale. Souvent les parents avaient honte de leur enfant, alors ils le mettaient dans une institution pour que personne ne sache qu'ils avaient un enfant "comme ça". On les appelait "débiles", "déficients", "oligophrènes", "idiots". On les traitait comme s'ils n'étaient pas vraiment humains. Aujourd'hui, hélas, beaucoup sont avortés car ils dérangent. Certes, depuis longtemps, des ordres religieux les accueillaient mais très souvent dans de grands établissements cachés à la campagne. Ces personnes ne trouvaient pas leur place dans leurs paroisses ou dans la vie ecclésiale. Pourtant St Paul révèle que les fous, les faibles et les plus méprisés sont les choisis de Dieu, ils confondent les intellectuels et les puissants (1 Cor 1.27). Il ajoute ailleurs que les plus faibles sont nécessaires au corps qu'est l'Eglise et doivent être honorés.

Après cette visite chez mon père spirituel j'ai parlé avec des parents, j'ai visité des hôpitaux psychiatriques et surtout, j'ai visité une institution près de Paris qui avait le droit d'accueillir 40 hommes avec un handicap mais en réalité ils étaient 80. Il y avait beaucoup de violence. Le responsable accueillait des personnes avec un handicap pour soulager des parents qui étaient en difficulté extrême, il ne cherchait pas à développer la personnalité et l'humanité de chacun des résidents. Devant cette situation révoltante j'ai quitté mon travail d'enseignant pour accueillir deux hommes sans famille résidant dans cette institution. Grâce à des amis j'ai pu acheter une petite maison pour y vivre avec Raphaël et Philippe comme dans une famille. J'étais soutenu par un psychiatre éminent et par mon père spirituel. En les libérant de cette institution je voulais aider ces personnes à vivre humainement, à développer leur liberté, leurs dons et leur faire connaitre Jésus.

Des amis sont venus m'aider. J'avais tout à apprendre sur la vie communautaire et aussi, sur la manière de "vivre avec" et d’aider les personnes avec un handicap. Raphaël avait eu une méningite quand il était petit, il avait 36 ans, son corps était très fragile; il tombait facilement et ne parlait pas. Philippe était plus jeune, 21 ans, il avait eu dans son enfance une encéphalite, il avait un bras et une jambe paralysés. Si Raphaël ne parlait pas, Philippe parlait beaucoup.

Notre désir était de partager notre vie, travailler ensemble dans le jardin et dans la maison, préparer la cuisine, manger ensemble, prier, inviter des amis et faire des sorties. L'essentiel de ce que nous vivions se trouve dans cette parole de Jésus (Luc 14): "Quand vous donnez un repas n'invitez pas vos riches voisins, n'invitez pas les membres de votre famille mais quand vous donnez un banquet, invitez les pauvres, les estropiés, les infirmes et les aveugles." C'est-à-dire, invitez ceux qui sont exclus et rejetés aux marges de la société, mis dans des institutions et humiliés, et devenez leurs amis. Jésus affirme que ceux qui invitent à leur table les personnes exclues sont "bienheureux". Partager un repas dans la vision biblique c'est devenir un ami, un compagnon. Le compagnon est celui avec qui l’on mange du pain "cum pane". En vivant et mangeant ensemble nous commencions à nous connaitre et à nous aimer, à devenir amis. Notre vie était joyeuse. Raphaël et Philippe commençaient à vivre et à s'épanouir. Le propre des personnes avec un handicap est de vivre au niveau du cœur - non au niveau de la vie intellectuelle, des connaissances rationnelles ou des besoins de réussites sociales. Le langage entre nous était affectif; nous jouions ensemble, nous célébrions la vie. Cela ne veut pas dire qu'il n'y avait pas des moments difficiles, des luttes, des bagarres. La plupart des personnes avec un handicap quand elles sont sécurisées ont des cœurs simples et elles appellent chez les assistants une réponse simple et humaine. Certes la vie en communauté est exigeante mais elle est heureuse.

En 1964 les besoins de lieux de vie et de travail pour les personnes avec un handicap étaient énormes. Des travailleurs sociaux et des familles nous ont demandé d'accueillir d'autres personnes en grandes difficultés. Ainsi l'Arche fut amenée à grandir d'abord à Trosly où nous avons commencé, puis dans d'autres coins de la France et ensuite au Canada et dans d'autres pays. Le cri des personnes avec un handicap commençait à se faire entendre. De plus en plus de personnes, touchées par notre vie communautaire joyeuse et vivante, sont venues pour aider à l'ouverture de nouvelles communautés. Aujourd'hui nous avons 140 communautés dans 40 pays à travers le monde avec environ 3500 personnes avec un handicap.

J'ose vous dire que l'Arche n'est pas mon œuvre; elle est l'œuvre de Dieu. En effet, je suis émerveillé car je n'ai rien planifié en commençant l'Arche : les événements se sont succédés, de l'argent est arrivé, des personnes sont venues s'engager, des maisons nous ont été données etc. Les choses sont arrivées les unes après les autres. Oui, Dieu veut que les personnes les plus faibles et les plus rejetées soient ses enfants bien aimés. Jésus est venu pour leur annoncer une bonne nouvelle, elles sont importantes pour lui et pour le Père, elles nous transforment et nous évangélisent quand nous entrons en communion avec elles. Nous avons découvert la même chose à Foi et Lumière qui a été initiée par Marie Hélène Mathieu et moi-même au cours d’un pèlerinage à Lourdes en 1971. Il y a maintenant 1500 communautés dans 80 pays qui témoignent de la même réalité : les personnes avec un handicap nous évangélisent et nous transforment.

Pauline

Avant de vous partager comment les assistants sont transformés en vivant avec des personnes avec un handicap, j'aimerais évoquer l’histoire de deux personnes qui ont beaucoup souffert et qui ont trouvé la vie chez nous.

Pauline est arrivée dans notre communauté en 1970. Agée de 40 ans, elle était hémiplégique avec une jambe et un bras paralysés, épileptique et diabétique. Elle avait été envoyée par des services sociaux parce qu'elle devenait impossible à vivre dans le milieu familial. En effet, c'était une femme avec énormément de violence. Elle avait des périodes de rage où elle jetait des choses par terre et les cassait, elle se jetait par terre en criant. Evidemment, à l'Arche, ce n'est pas facile d'accueillir quelqu'un avec des rages pareilles car nous vivons dans des petites maisons : 7, 8 ou 10 personnes avec un handicap et 5 à 6 assistants. Vivre avec Pauline dans ces conditions était très difficile. Nous avons recouru à notre psychiatre pour lui demander son avis. Il nous a fait remarquer que les violences de Pauline venaient de ses humiliations. Depuis 40 ans, on ne la voulait pas comme elle était; à l'école on se moquait d'elle. Elle a subi des humiliations, des moqueries dans la rue; ses parents ne voulaient pas d'elle. Les conséquences de toutes ces humiliations l'amenaient à une certaine haine d'elle-même et surtout une haine de son propre corps qui était la source de tous ses malheurs. Le psychiatre nous a aidés à comprendre combien elle avait souffert de ces humiliations, d'être regardée comme n'ayant pas de valeur, jamais écoutée et jamais vraiment respectée comme une personne humaine. Il nous a encouragés à entamer des relations amicales avec elle. Ses violences, disait-t-il, étaient un cri "est-ce qu'il y a quelqu'un qui veut de moi, qui m'aime, quelqu'un qui veut bien m'écouter". C'est ainsi que les assistants eux-mêmes ont commencé à changer; ils ont pris le temps de l'écouter, de l'aider à apprécier son corps, de sortir avec elle, de l'amener chez le coiffeur, d'acheter du parfum etc. On ne peut pas dire qu'elle aimait travailler dans nos ateliers, par contre elle aimait surtout vivre la fête, chanter, rire et danser avec tout le monde. Progressivement elle s'est beaucoup apaisée, elle a pu même choisir un autre foyer dans notre communauté de l'Arche. Le fait qu'elle ait pu faire un choix et vivre avec des personnes qu'elle avait choisies l'a beaucoup aidée.

Dans la communauté elle entendait parler de Jésus, elle n'était pas obligée d'aller à la messe mais à un moment donné elle a dit qu'elle voulait connaitre mieux Jésus. Alors elle est allée voir le père Thomas qui l'a aidée à connaitre Jésus et elle a été baptisée. Il lui fallait d'abord découvrir sa propre humanité, trouver des amis. Ensuite elle a pu chercher et découvrir qu'elle était vraiment aimée de Jésus. Le fait de connaitre Jésus lui a permis de découvrir la prière et que la mort n'était pas une fin mais un passage vers la Vie.

Quand Pauline a eu 65 ans son corps est devenu trop lourd pour ses jambes; elle était obligée d'être en fauteuil roulant. Avec ce nouveau manque d'autonomie, ses vieilles colères sont remontées; elle devenait de nouveau difficile dans le foyer. Mais progressivement elle a trouvé un nouvel apaisement, elle s'est habituée aux assistants, dont elle avait besoin pour l'aider à prendre sa douche, se vêtir, aller au lit etc. L'amitié avec ces assistants l'a aidée à découvrir qui elle était ; que sous ses violences et ses handicaps il y avait sa personne, sa personne profonde, elle avait le droit d'être elle-même. Quand j'étais fatigué, je me rappelle que j'allais de temps en temps m'asseoir à côté d'elle pour lui parler. Un jour où j’étais particulièrement fatigué, elle a mis son bon bras sur ma tête et elle a dit "pauvre vieux !" C'est un long chemin de croissance et de vie que de passer de la colère et la violence à la tendresse et l'amour.

Les assistants de nos communautés sont transformés

Cela m'amène à parler des assistants qui viennent à l'Arche. La plus part sont des volontaires qui viennent pour une année; ils viennent parce qu'ils veulent vivre une nouvelle forme de communauté chrétienne. Certains n'ont pas la foi mais ils sont généreux comme beaucoup de jeunes de notre époque, ils veulent venir aider des personnes en difficulté. Dans leur désir d'aider il y a cependant un élément de supériorité. Ils sont parfois diplômés; ils viennent pour faire du bien.

Si des personnes comme Pauline changent progressivement, c'est la même chose pour les assistants. Ils sont transformés, ils quittent certaines valeurs de la société - le désir d'être le meilleur, d'être applaudi, d'être reconnu -pour entrer dans une véritable amitié avec des personnes qui ont été considérées par la société comme les "plus bas" et les moins intéressantes. Cela implique un véritable changement intérieur. D'un désir d'être reconnu pour faire de grandes choses, les assistants sont amenés à vivre une amitié avec Pauline.

St Paul (Cor, 14) définit l'amour ainsi : ce n'est pas faire du bien ou donner des choses, l'amour est patience et service. Aimer c'est ne pas se mettre en avant ni se gonfler, c'est trouver sa joie dans la vérité. Aimer c'est excuser tout, supporter tout, croire tout et espérer tout. Vivre avec Pauline est une véritable école d'amour et de patience; il s'agit de continuer à croire et à espérer que derrière toutes ses violences il y a elle, sa personne, une femme avec un cœur de femme, désireuse d'être aimée et désireuse de prendre sa place dans la société et dans l'Eglise et ne plus être méprisée. Aimer, pour les assistants, est un long chemin qui implique une transformation pour ne pas se mettre en avant, mais au contraire, être humble et recevoir de la personne avec un handicap. Et finalement, c'est découvrir que derrière leurs propres faiblesses il y a leur personne, leur capacité d'aimer et de donner la vie. Ils découvrent peu à peu que la vraie valeur humaine ne se trouve pas dans la compétitivité ni la réussite du pouvoir, elle est d'aimer avec sagesse chaque personne comme elle est. Dans notre société, tant de personnes se cachent derrière des fonctions, des titres, des privilèges, derrière des statuts sociaux de classe, de pouvoir, d'argent, de salaire etc. Souvent on regarde les autres comme étant plus importants que soi et on veut être comme eux, ou bien on regarde ceux qui sont inférieurs pour les mépriser. Nous avons de la difficulté à voir que derrière les fonctions ou la place sociale de quelqu'un, derrière la culture et la religion comme derrière les pauvretés humaines, les humiliations de quelqu'un, il y a sa personne profonde cachée : l'enfant de Dieu. Et là, nous sommes tous les mêmes ! Je crois que la grande leçon de l'Arche est de voir chaque personne, quels que soient ses titres, ses responsabilités, ses pauvretés radicales, comme un être humain avec toute sa dignité humaine. Au cœur de nous tous, il y a notre capacité d'aimer et de répondre à l'amour en vérité. C'est ainsi que progressivement les assistants apprennent à rejoindre la personne de l'autre différent, à l'écouter et l'écouter profondément. Vivre avec le pauvre est aussi mystérieusement vivre avec Jésus, même si on ne le connait pas. L'Evangile (Mt 25) nous révèle que pour entrer dans le Royaume de Dieu il faut vivre la compassion. "J'avais faim et soif et tu m'as donné à manger et à boire ; j'étais en prison, à l'hôpital et tu es venu me visiter ; j'étais étranger et tu m'as accueilli ; j'étais nu et tu m'as vêtu". Etre humain c'est apprendre à vivre la compassion, c'est vivre avec Jésus car, "tout ce que tu as fait au plus petit des miens c'est à moi que tu l'as fait". La bonté et la miséricorde sont éveillées dans le cœur des assistants par le cri pour l'amour des personnes faibles. Ce sont ces personnes souffrantes qui, par leur cri pour aimer, nous transforment et nous évangélisent.

Eric

Maintenant je voudrais vous parler d'Eric, quelqu'un très différent de Pauline. Eric est né aveugle et sourd. Pour sa maman cela a été une tragédie; elle l'a mis très vite à l'hôpital général parce qu'elle ne savait comment faire avec un enfant qui, en plus, ne pouvait pas marcher. C'est ainsi qu'à 4 ans, il a été placé à l'hôpital psychiatrique situé à une quarantaine de kilomètres de notre communauté. C'est là que nous l'avons rencontré; puis à l’âge de 16 ans il est venu chez nous. Je crois pouvoir dire que je n'ai jamais rencontré un jeune avec autant d'angoisses. L'angoisse est très différente de la peur. La peur est liée à un objet et si on le retire, la peur disparait. Un chien méchant qui disparait ne me fait plus peur. Par contre, l'angoisse est beaucoup plus existentielle. C'est un sentiment de malaise intérieur très douloureux, on se sent perdu, "personne ne m'aime, on ne veut pas de moi, qui suis-je?" La maman d'Eric est venue le visiter une seule fois à l'hôpital psychiatrique car elle était tellement choquée de ce qu'elle a vu qu'elle n'est plus jamais revenue. Eric ne savait pas qui il était parce qu’il n'avait jamais vécu une relation stable et fidèle.

Nous l'avons donc accueilli dans notre communauté, dans un foyer spécialisé pour des personnes avec de très lourds handicaps comme lui et j'ai eu le privilège de vivre avec lui pendant une année quand j'ai quitté la direction de la communauté. Il est évident que vivre avec quelqu'un comme Eric, qui ne parle pas, ne voit pas, n'entend pas et qui à son arrivée ne marchait pas, demande une très grande présence. Un des moments les plus importants pour aider Eric à découvrir qu'il était important était le bain. On cherchait à lui révéler qu'il était beau et aimable et qu'il pouvait trouver confiance en lui-même. Dans le bain et chaque fois que nous touchions son corps avec tendresse et avec un grand respect, Eric se détendait profondément. St Paul nous rappelle que nos corps sont le temple de Dieu et que l'Esprit de Dieu habite en nous. L'important était que nous comprenions le langage de son corps à travers lequel il nous révélait ses besoins et ses désirs. C'est à travers son corps et nos mains, en le touchant respectueusement, que nous pouvions lui révéler notre amour. Cette expérience nous amène à nous rappeler que le Verbe s'est fait chair. C'est à travers son humanité et sa chair que Jésus nous révèle que nous sommes aimés. Toucher le corps d'Eric avec respect, l'écouter, essayer de le comprendre et vivre une vraie présence avec lui était le cœur de nos vies. Eric avait vécu 16 ans à l'écart avec ce sentiment de ne pas avoir été voulu et n'avait donc pas de valeur à ses yeux. Eric, peu à peu, a changé et a trouvé plus de paix. Les assistants qui étaient auprès de lui ont aussi changé. L’important à l'Arche c'est d'être présent aux personnes qui ont été humiliées, de vivre des moments de communion et de joie avec elles. L’un de ces moments était le soir, après le diner, nous étions assis pour prier et souvent, Eric se mettait sur les genoux et dans les bras de l'un ou de l'autre; là il se reposait. Les assistants aussi se reposaient. Il y avait là comme une présence de Dieu.

Une vie communautaire

Il faut se rappeler que l'Arche est une communauté. Il est évident qu'aucune personne ne peut s'occuper toute seule de Pauline ou d'Eric. Il faut être ensemble, vivre en communauté, avec une mission très précise : accueillir et révéler aux plus pauvres qu’ils sont précieux et aimés de Dieu. L'Arche est une communauté inspirée par l'Evangile et par Jésus, ce n’est pas une communauté religieuse, nous sommes tous des laïques. Les assistants ont des salaires en fonction de leur activité qui permettent à chacun de vivre même s’ils ne sont pas très élevés. Les jeunes viennent parce que c'est une œuvre humanitaire et une œuvre qui aide des personnes faibles à découvrir leur valeur. Une vie communautaire est exigeante; elle demande de travailler beaucoup ensemble, de s'aimer et de se respecter mutuellement, chacun avec ses dons, ses capacités. Tous les assistants "long terme" ont reçu une formation d’éducateur spécialisé pour mieux répondre aux besoins des uns et des autres. De plus, il est évident que dans des situations complexes où les personnes avec un handicap sont violentes ou avec de véritables problèmes psychiatriques nous avons aussi besoin de médecins, de psychologues, de psychiatres et d'autres spécialistes pour nous aider à vivre dans la vérité.

Les jeunes assistants ne restent pas longtemps; certains une année, d'autres 2 ou 3 ans et puis il y a ceux qui, dans toutes nos communautés, demeurent très longtemps parce qu'ils découvrent que l'Arche veut être une œuvre de paix, une œuvre qui unit tous les hommes et les femmes quelles que soient leur religion et leur pensée philosophique.

C'est ainsi que l'Arche a découvert une dimension œcuménique et interreligieuse. Nos communautés sont présentes dans des pays à majorité catholique ou protestante, hindoue ou musulmane. Nous œuvrons ensemble pour que tous les enfants de Dieu soient rassemblés car nous essayons de faire face à la souffrance humaine. La souffrance et la mort sont le lot de chaque être humain. La beauté et la valeur de chaque personne est de grandir dans la bonté et la compassion. "Ne regardez pas vers ceux qui ont plus, pour les jalouser, regardez vers ceux qui sont plus faibles pour les aimer et les relever." N'est-ce pas le sens profond de l'être humain?

A l'Arche comme à Foi et Lumière l'évangélisation la plus importante, réellement et symboliquement, est de laver les pieds les un aux autres comme Jésus l'a fait et nous le demande. (Jn 13)

Permettez-moi de vous donner un autre exemple pour témoigner de la rencontre comme base essentielle de toute évangélisation. Il s'agit d'une responsable d'une de nos communautés en Australie qui, avant de s'engager à l'Arche, a œuvré avec des gens pris dans le monde de la prostitution. Un jour, marchant dans le parc de Sydney, elle voit un jeune homme mourant d'une surdose de drogue. C'était un jeune qu'elle avait déjà accompagné. Ses dernières paroles furent :"vous avez toujours voulu me changer, vous n'avez jamais voulu me rencontrer." La rencontre implique de prendre le temps pour écouter et comprendre. Cette responsable m'a dit qu'en effet elle n'avait pas su l'écouter. Si quelqu'un entre dans la prostitution c'est parce qu'il a souffert. Ce jeune a sans doute vécu des choses horribles dans son enfance et son adolescence. Avant de vouloir le changer, il a besoin d'être écouté, écouter ce qu'il a vécu. Et peut-être que celle qui vient l'aider pourrait commencer par pleurer, pleurer avec lui sur la souffrance que ce jeune a vécu. Mais pour le rencontrer cela demande du temps : le temps de créer un lien de confiance car on ne peut parler qu'à celui en qui on a confiance. Pour vivre des liens de confiance avec ces jeunes dans la prostitution ne faut-il pas être en communauté ? Tout seul on ne peut rien.

Mère Teresa dit qu’au début, il peut y avoir de la répulsion en face des gens souffrants, surtout quand on se sent impuissant, mais qu’ensuite peut naître la compassion. On pleure ensemble. Et s’il y a la rencontre, un moment de joie, la personne souffrante révèle sa personne et sa beauté profondes, alors il y a l’émerveillement de découvrir l'enfant de Dieu en lui.


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